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Skicross. Jonas Devouassoux, dans l’ombre d’un triplé historique

Ils étaient quatre français au départ du Skicross des Jeux Olympiques de Sotchi. Trois d’entres eux ont terminé sur le podium. Jonas Devouassoux, le quatrième de la bande, a pris la dixième place de l’épreuve. C’est depuis l’aire d’arrivée qu’il a assisté au sacre de ses trois copains. Pour Jonas, les sentiments s’entrechoquent : « un triplé français, aux Jeux olympiques, c’est magnifique ! J’ai vécu un moment de sport historique. Mais pour moi, c’est difficile, confie Jonas, car je ne fais pas vraiment partie de cet exploit ».

Jonas Devouassoux devant les anneaux olympiques à Sotchi

Le soir venu, alors que l’ambiance est à la fête dans le clan Français, Jonas préfère rejoindre sa chambre. « Je n’avais pas envie de plomber l’ambiance. Je n’étais pas dans le même délire que les autres. Eux étaient dans l’euphorie alors que moi j’étais déçu. J’avais besoin de m’isoler, confie le skieur.  Ce n’est pas que je n’avais pas envie de fêter leur réussite, nous le ferons d’ailleurs sûrement tous ensemble une fois la saison terminée, mais j’avais besoin d’être seul. A ce moment-là, il me fallait du temps pour digérer ma déception personnelle. J’étais au fond du gouffre ».

Sa chambre, il la partage avec le tout nouveau champion olympique, son camarade d’entrainement, Jean-Frédéric Chapuis. « Après la course, nos rythmes étaient décalés. Quand il rentrait se coucher, moi je me levais. Cela ne me dérangeait pas, ça fait partie du truc. »

Isolé par choix, dans sa « bulle », le skieur de Chamonix, prend le temps de réfléchir : « j’ai pensé à ce qui avait marché et ce qui n’avait pas fonctionné sur les quatre dernières années. J’ai fait un bilan pour pouvoir faire partie du triplé la prochaine fois ! ».

En plein contre-jour de cette toute nouvelle lumière qui éblouit le skicross français, Jonas se rend invisible aux yeux des autres. Il se fait discret, digère, cogite. Ses trois copains, au centre de toutes les attentions, sont touchés par la situation du Haut-Savoyard : « tous sont venus me voir. Nous avons discuté, ils m’ont réconforté. Ils comprennent parfaitement la situation dans laquelle je me trouve ».

Une déception, un échec qui ne laisse pas à Jonas qu’un goût amer, bien au contraire : « Je suis très content pour mes potes et pour le sport. Cela va permettre de faire connaître le skicross au grand public. Et puis, même si ce n’est pas évident pour moi, admet-t-il, c’est hyper stimulant de se dire que je fais partie de cette équipe et de m’entraîner avec les meilleurs. »

Une fois en France, alors qu’un tourbillon médiatique aspire les trois médaillés, Jonas quitte les montagnes pour retrouver sa copine à Dijon. « J’avais besoin de couper du ski, de la montagne, de tout le monde…Et aujourd’hui encore d’ailleurs », confie-t-il. Il a fait l’impasse sur la première Coupe du Monde qui a suivi les Jeux. Un peu trop tôt, un peu trop fatigué émotionnellement : « après les jeux, c’est difficile de repartir. On se prend un coup de barre émotionnel. On se relâche, c’est la fin d’un cycle de quatre ans. Même pour les médaillés et les entraîneurs ce n’est pas évident ».

Quand on demande à Jonas ce qui a été le plus difficile pendant ces jeux, il répond sans hésiter : « c’est un rêve de gosse qui s’est effondré »… Avant de poursuivre : «…en partie, car ce n’est pas fini. Il y aura d’autres occasions à venir ! ».

Méryll Boulangeat

Enak Gavaggio (précurseur du skicross en France) et Jonas au village olympique

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Skicross. Jonas Devouassoux, dans l’ombre d’un triplé historique

Ils étaient quatre français au départ du Skicross des Jeux Olympiques de Sotchi. Trois d’entres eux ont terminé sur le podium. Jonas Devouassoux, le quatrième de la bande, a pris la dixième place de l’épreuve. C’est depuis l’aire d’arrivée qu’il a assisté au sacre de ses trois copains. Pour Jonas, les sentiments s’entrechoquent : « un triplé français, aux Jeux olympiques, c’est magnifique ! J’ai vécu un moment de sport historique. Mais pour moi, c’est difficile, confie Jonas, car je ne fais pas vraiment partie de cet exploit ».

Jonas Devouassoux devant les anneaux olympiques

Jonas Devouassoux devant les anneaux olympiques

Le soir venu, alors que l’ambiance est à la fête dans le clan Français, Jonas préfère rejoindre sa chambre. « Je n’avais pas envie de plomber l’ambiance. Je n’étais pas dans le même délire que les autres. Eux étaient dans l’euphorie alors que moi j’étais déçu. J’avais besoin de m’isoler, confie le skieur.  Ce n’est pas que je n’avais pas envie de fêter leur réussite, nous le ferons d’ailleurs sûrement tous ensemble une fois la saison terminée, mais j’avais besoin d’être seul. A ce moment-là, il me fallait du temps pour digérer ma déception personnelle. J’étais au fond du gouffre ».

Sa chambre, il la partage avec le tout nouveau champion olympique, son camarade d’entrainement, Jean-Frédéric Chapuis. « Après la course, nos rythmes étaient décalés. Quand il rentrait se coucher, moi je me levais. Cela ne me dérangeait pas, ça fait partie du truc. »

Isolé par choix, dans sa « bulle », le skieur de Chamonix, prend le temps de réfléchir : « j’ai pensé à ce qui avait marché et ce qui n’avait pas fonctionné sur les quatre dernières années. J’ai fait un bilan pour pouvoir faire partie du triplé la prochaine fois ! ».

En plein contre-jour de cette toute nouvelle lumière qui éblouit le skicross français, Jonas se rend invisible aux yeux des autres. Il se fait discret, digère, cogite. Ses trois copains, au centre de toutes les attentions, sont touchés par la situation du Haut-Savoyard : « tous sont venus me voir. Nous avons discuté, ils m’ont réconforté. Ils comprennent parfaitement la situation dans laquelle je me trouve ».

Une déception, un échec qui ne laisse pas à Jonas qu’un goût amer, bien au contraire : « Je suis très content pour mes potes et pour le sport. Cela va permettre de faire connaître le skicross au grand public. Et puis, même si ce n’est pas évident pour moi, admet-t-il, c’est hyper stimulant de se dire que je fais partie de cette équipe et de m’entraîner avec les meilleurs. »

Une fois en France, alors qu’un tourbillon médiatique aspire les trois médaillés, Jonas quitte les montagnes pour retrouver sa copine à Dijon. « J’avais besoin de couper du ski, de la montagne, de tout le monde…Et aujourd’hui encore d’ailleurs », confie-t-il. Il a fait l’impasse sur la première Coupe du Monde qui a suivi les Jeux. Un peu trop tôt, un peu trop fatigué émotionnellement : « après les jeux, c’est difficile de repartir. On se prend un coup de barre émotionnel. On se relâche, c’est la fin d’un cycle de quatre ans. Même pour les médaillés et les entraîneurs ce n’est pas évident ».

Quand on demande à Jonas ce qui a été le plus difficile pendant ces jeux, il répond sans hésiter : « c’est un rêve de gosse qui s’est effondré »… Avant de poursuivre : «…en partie, car ce n’est pas fini. Il y aura d’autres occasions à venir ! ».

Enak Gavaggio (précurseur du skicross en France) et Jonas au village olympique

Enak Gavaggio (précurseur du skicross en France) et Jonas au village olympique

Méryll Boulangeat

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Mieux comprendre les paralympiques

Les jeux paralympiques sont ouverts. Des disciplines et des athlètes qui, petit à petit, sortent de l’ombre. Ils deviennent, aux yeux du grand public, des sportifs à part entière. Pourtant, les règlements restent encore méconnus. Les règles peuvent paraîtres flous pour les spectateurs novices des sports paralympiques.

Comment des athlètes ayant un handicap différent  peuvent-t-ils être en concurrence directe. Certains sont-ils avantagés ? Un aveugle a-t-il moins de chance de s’imposer qu’une personne en fauteuil ? Un unijambiste qui skie sans sa jambe a-t-il les mêmes repères qu’un unijambiste amputé ? Essayons de décrypter les subtilités des différents handicaps. Prenons l’exemple du ski alpin.

Pour commencer, il faut savoir que les skieurs sont divisés en trois catégories : « les malvoyants », « les debouts » et « les assis ». Les sportifs s’exprimant debout ou en fauteuils sont plus nombreux que les malvoyants.

Ils évoluent tous sur le même parcours, les uns après les autres, mais figurent dans un classement différent. En descente, par exemple, il y aura trois médailles d’or pour les hommes, soit une par catégorie. Ce sont les malvoyants qui s’élancent en premier sur la piste, suivis des « debouts ». Les « assis » ferment la marche car leurs traces abîment un peu plus la piste.

Les choses se compliquent : chaque catégorie possède des sous catégories. Le IPC (Comité International Paralympique), composé de médecins et de kinésithérapeutes spécialisés, se réunit deux à trois fois par an pour redéfinir les différentes classifications médicales. De ces réunions, émane un tableau qui permet d’établir des coefficients de corrections.

En fonction de la hauteur de leurs handicaps, les sportifs se voient appliquer une pénalité sur leur temps réel effectué pendant la descente. Au final, tout le monde se retrouve sur le même pied d’égalité. En ski alpin, les coefficients sont directement multipliés par le temps réel. A la télévision, seuls les temps finaux, déjà modifiés, sont affichés, facilitant ainsi la compréhension du téléspectateur.

Tous les ans, le comité reçoit les nouveaux licenciés pour définir leur niveau de handicap. Un classement remis en question tous les deux à quatre ans puisque certains handicaps, comme la vue, peuvent évoluer.

LES MALVOYANTS

La première catégorie concerne les malvoyants. Ces sportifs sont accompagnés par un guide qui les précède. La réglementation prévoit une distance maximale à ne pas dépasser entre le l’athlète et son accompagnateur.  Il existe trois déclinaisons de personnes malvoyantes. Les premiers, les B1 (B pour « blind »), sont complètement aveugles. Ils sont guidés par la voix de leur éclaireur qui utilise un haut parleur.

Ensuite, il y a les B2 qui sont capables de distinguer quelques formes. Un de leur entraîneur image ce qu’ils perçoivent : « c’est un peu comme regarder Canal + en codé ». En plus de suivre la silhouette qui les précèdent, ils reçoivent des informations par une oreillette bluetooth.

Les B3 sont ceux qui voient le mieux. Ils distinguent mieux leur guide que les B2 mais sont aussi dotés d’une oreillette.

Français engagés dans cette catégorie : – Ski de fond : Thomas CLARION (B1) guidé par Julien BOURLA

 » LES DEBOUTS « 

Alors qu’il y a seulement trois déclinaisons de malvoyants, les « debouts » sont beaucoup plus nombreux. Pour faire simple, il y a les amputés et les hémiplégiques. Mais ce n’est pas si simple car les amputés ne peuvent pas tous évoluer avec la même pénalité. Les unijambistes ou amputés fémoral (LW2), ont moins d’équilibre que les skieurs amputés au niveau du tibia, qui ont une prothèse (LW4). De même, si un sportif est amputé d’un bras (LW6/8) ou des deux (LW5/7), les repères ne seront pas les mêmes. Le niveau de l’amputation est aussi pris en compte par l’IPC. Par exemple, si le handicap du skieur débute au coude ou à l’épaule, la pénalité sera différente.

Dernière précision : parmi les amputés, il y aussi les sportifs ayant une agénèse. Ils sont nés avec un organe en moins. Classés avec les amputés, ils sont plus habitués au handicap.

Les hémiplégiques sont eux aussi divisés en deux sous catégories (LW9/1 et LW9/2).

Français engagés dans cette catégorie : – Ski alpin : Vincent GAUTHIER-MANUEL (LW 6/8), Cédric AMAFROI-BROISAT (LW 4), Romain RIBOUD (LW 9/2), Solène JAMBAQUÉ (LW 9/2), Marie BOCHET (LW 6/8)  – Snowboard : Patrice BARATTERO, Cécile HERNANDEZ-CERVELLON – Biathlon : Benjamin DAVIET (LW2),

 » LES ASSIS « 

Cette catégorie concerne les paraplégiques et les sportifs amputés des deux membres inférieurs. Sur la piste, ils évoluent en fauteuil roulant (ou glissant) ! A l’image des malvoyants, ils sont divisés en trois déclinaisons. Cela dépend de la hauteur de la lésion. C’est la sangle abdominale qui délimite les différentes sous catégories. Il y a les sportifs qui n’ont aucunes sensations en dessous des abdominaux (LW10) et les paraplégiques incomplets au niveau abdominal (LW11). Dans la dernière déclinaison (LW12), on retrouve les paraplégiques amputés et ceux qui ont toutes leurs capacités abdominales. Parmi eux, certains sont capables de se tenir debout avec ou sans béquilles.

Français engagés : – Ski alpin : Frédéric FRANÇOIS (LW 11), Jean-Yves LEMEUR (LW 12), Cyril MORÉ (LW 12), Yohann TABERLET (LW 12) – Ski de fond : Romain ROSIQUE (LW 11)

Ils seront quinze français à Sotchi, neuf en ski alpin, quatre en ski nordique et deux en snowboard pour la première apparition de la discipline aux jeux paralympiques. Forte de six médailles, dont une en or, à Vancouver, la délégation française s’est fixée l’objectif de rapporter dix médailles dans nos montagnes.

Méryll Boulangeat

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Julien Lizeroux : " l’homme le plus heureux du monde d’être sur des skis"

Julien Lizeroux

Julien Lizeroux

–       Tu veux quoi pour ton anniversaire ?

–       Tu sais très bien ce que je veux…

–       Une mini cooper ?! (en rigolant)

–       Non des skis de géant pour passer mon Eurotest ! (ndlr : test de ski dans le cursus du monitorat de ski)

 Une minute de silence

–       Tu sais quoi ? Si je gagne une coupe du monde, je t’offre une mini !

 Le pari était lancé…. Quelques semaines plus tard, Julien Lizeroux remportait sa première coupe du monde sur la piste de Kitzbuhel, en Autriche. Marion Lizeroux, sa petite sœur, se rappelle de ce jour si particulier : « toute la famille était sur place…sauf moi ». L’ironie du sort fait qu’elle était justement en train de passer son Eurotest ( ! ) « Après sa victoire, se souvient Marion, il était injoignable. La remise des prix terminée, il m’a téléphoné. La première chose qu’il m’a dite c’est : tu as gagné une voiture ! ».

Voilà comment Marion s’est retrouvée avec une Mini Cooper rouge, symbole d’un des traits de caractère de ce grand frère, avide de défis. « Il fait beaucoup de paris, raconte Marion. C’est un grand joueur, surtout avec ses copains. Il a toujours aimé plaisanter ». Plaisanter mais aussi donner et partager. « Il adore faire des cadeaux. Ce sont souvent des cadeaux de valeur sentimentale. C’est sa façon à lui de donner de l’amour. Quand il part en compétition, il ramène toujours pleins de choses : pour nous, pour ses amis ou pour les enfants de ses amis. »

Derrière ce grand frère généreux, se cache un petit caractère. « Dans la vie, il est parfois chiant ! Il veux souvent avoir raison, avoue Marion. Il a du mal à accepter que l’on ait pas le même avis que lui ». Un défaut qui s’estompe avec le temps, comme le souligne sa petite sœur. « Sa vie d’athlète l’a calmé. Ça lui a apporté beaucoup. Je le trouve de plus en plus ouvert et à l’écoute d’autres opinions. »

Car le parcours de Julien a été semé d’embûches. Marion décrit son parcours sportif comme « périlleux ». « Toute sa carrière a été basée sur la persévérance. Ca a été long et difficile, témoigne-t-elle. Les premiers gros résultats sont arrivés tard. Tous ses efforts ont fini par payer, à la longue. »

Julien Lizeroux et sa soeur Marion

Julien Lizeroux et sa soeur Marion

Pour Marion, le déclic sur le plan sportif a été lié à une épreuve que la vie leur a imposée. En 2008, leur grand frère, Yoann, perdait la vie dans un accident de base jump. « Après le décès de Yo, je me suis dit : il va tout exploser, confie Marion. Il avait tellement envie. Ca lui a donné une force énorme. Dans sa tête, il était devenu invincible. C’est le moyen qu’il avait trouvé pour exprimer sa tristesse et le sentiment d’injustice qu’il ressentait. Un jour mon cousin lui a demandé à quoi il pensait quand il était dans la cabane de départ. Il lui a dit qu’il faisait le vide, qu’il ne pensait à rien. Après l’accident, il a dit : « maintenant je sais à qui je vais penser » »

Ce qui ne tue pas, rend plus fort. « C’est sa devise, notre devise, ajoute Marion. Mon père nous a élevé comme ça. » Julien enchaîne les victoires, les podiums, les résultats pendant plus de deux saisons. Il fait parti des meilleurs slalomeurs mondiaux, tout lui sourit. C’était sans compter sur une vilaine douleur au genou qui se fait de plus en plus insistante. « Il avait mal. Les médecins disaient qu’il n’avait rien. Il a continué à skier jusqu’à ce que la douleur soit si intense qu’il ne puisse plus poser le pied par terre. C’était difficile car il ne savait pas où il allait ni pourquoi il avait si mal. Malgré tout, il ne s’est jamais plains, témoigne sa sœur. Jamais de ma vie, je ne l’ai entendu s’apitoyer sur son sort. Il est très solide dans sa tête. Quand les médecins ont su ce qu’il avait, ils lui ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire. A force d’abnégation, il a fini par trouver un chirurgien qui était d’accord pour l’opérer. Il lui a dit : «  je t’opère pour que tu puisses remarcher et monter les escaliers sans avoir mal. Pour que tu es une vie normale. » »

La vie « normale » de Julien, elle, est sur les skis. Après trois ans d’absences, il fait son retour sur le circuit Coupe du Monde, en novembre dernier…et réussi à décrocher son ticket pour Sotchi ! « Il est heureux, souligne Marion. Cette blessure qui l’a handicapée pendant trois ans, l’a métamorphosé. Il est tellement heureux d’être remonté sur les skis ! Il le prend comme une deuxième vie, une seconde chance. Il a réussi à transformer la pression en plaisir. Il ski, il est dans son monde, il est heureux….et nous aussi ! »

« L’homme le plus heureux du monde d’être sur des skis » prendra le départ des Jeux Olympiques pour la deuxième fois avec, comme toujours, le sourire au bord des lèvres.

Méryll Boulangeat

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Julien Lizeroux :  » l’homme le plus heureux du monde d’être sur des skis »

Julien Lizeroux

Julien Lizeroux

–       Tu veux quoi pour ton anniversaire ?

–       Tu sais très bien ce que je veux…

–       Une mini cooper ?! (en rigolant)

–       Non des skis de géant pour passer mon Eurotest ! (ndlr : test de ski dans le cursus du monitorat de ski)

 Une minute de silence

–       Tu sais quoi ? Si je gagne une coupe du monde, je t’offre une mini !

 Le pari était lancé…. Quelques semaines plus tard, Julien Lizeroux remportait sa première coupe du monde sur la piste de Kitzbuhel, en Autriche. Marion Lizeroux, sa petite sœur, se rappelle de ce jour si particulier : « toute la famille était sur place…sauf moi ». L’ironie du sort fait qu’elle était justement en train de passer son Eurotest ( ! ) « Après sa victoire, se souvient Marion, il était injoignable. La remise des prix terminée, il m’a téléphoné. La première chose qu’il m’a dite c’est : tu as gagné une voiture ! ».

Voilà comment Marion s’est retrouvée avec une Mini Cooper rouge, symbole d’un des traits de caractère de ce grand frère, avide de défis. « Il fait beaucoup de paris, raconte Marion. C’est un grand joueur, surtout avec ses copains. Il a toujours aimé plaisanter ». Plaisanter mais aussi donner et partager. « Il adore faire des cadeaux. Ce sont souvent des cadeaux de valeur sentimentale. C’est sa façon à lui de donner de l’amour. Quand il part en compétition, il ramène toujours pleins de choses : pour nous, pour ses amis ou pour les enfants de ses amis. »

Derrière ce grand frère généreux, se cache un petit caractère. « Dans la vie, il est parfois chiant ! Il veux souvent avoir raison, avoue Marion. Il a du mal à accepter que l’on ait pas le même avis que lui ». Un défaut qui s’estompe avec le temps, comme le souligne sa petite sœur. « Sa vie d’athlète l’a calmé. Ça lui a apporté beaucoup. Je le trouve de plus en plus ouvert et à l’écoute d’autres opinions. »

Car le parcours de Julien a été semé d’embûches. Marion décrit son parcours sportif comme « périlleux ». « Toute sa carrière a été basée sur la persévérance. Ca a été long et difficile, témoigne-t-elle. Les premiers gros résultats sont arrivés tard. Tous ses efforts ont fini par payer, à la longue. »

Julien Lizeroux et sa soeur Marion

Julien Lizeroux et sa soeur Marion

Pour Marion, le déclic sur le plan sportif a été lié à une épreuve que la vie leur a imposée. En 2008, leur grand frère, Yoann, perdait la vie dans un accident de base jump. « Après le décès de Yo, je me suis dit : il va tout exploser, confie Marion. Il avait tellement envie. Ca lui a donné une force énorme. Dans sa tête, il était devenu invincible. C’est le moyen qu’il avait trouvé pour exprimer sa tristesse et le sentiment d’injustice qu’il ressentait. Un jour mon cousin lui a demandé à quoi il pensait quand il était dans la cabane de départ. Il lui a dit qu’il faisait le vide, qu’il ne pensait à rien. Après l’accident, il a dit : « maintenant je sais à qui je vais penser » »

Ce qui ne tue pas, rend plus fort. « C’est sa devise, notre devise, ajoute Marion. Mon père nous a élevé comme ça. » Julien enchaîne les victoires, les podiums, les résultats pendant plus de deux saisons. Il fait parti des meilleurs slalomeurs mondiaux, tout lui sourit. C’était sans compter sur une vilaine douleur au genou qui se fait de plus en plus insistante. « Il avait mal. Les médecins disaient qu’il n’avait rien. Il a continué à skier jusqu’à ce que la douleur soit si intense qu’il ne puisse plus poser le pied par terre. C’était difficile car il ne savait pas où il allait ni pourquoi il avait si mal. Malgré tout, il ne s’est jamais plains, témoigne sa sœur. Jamais de ma vie, je ne l’ai entendu s’apitoyer sur son sort. Il est très solide dans sa tête. Quand les médecins ont su ce qu’il avait, ils lui ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire. A force d’abnégation, il a fini par trouver un chirurgien qui était d’accord pour l’opérer. Il lui a dit : «  je t’opère pour que tu puisses remarcher et monter les escaliers sans avoir mal. Pour que tu es une vie normale. » »

La vie « normale » de Julien, elle, est sur les skis. Après trois ans d’absences, il fait son retour sur le circuit Coupe du Monde, en novembre dernier…et réussi à décrocher son ticket pour Sotchi ! « Il est heureux, souligne Marion. Cette blessure qui l’a handicapée pendant trois ans, l’a métamorphosé. Il est tellement heureux d’être remonté sur les skis ! Il le prend comme une deuxième vie, une seconde chance. Il a réussi à transformer la pression en plaisir. Il ski, il est dans son monde, il est heureux….et nous aussi ! »

« L’homme le plus heureux du monde d’être sur des skis » prendra le départ des Jeux Olympiques pour la deuxième fois avec, comme toujours, le sourire au bord des lèvres.

Méryll Boulangeat

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Histoire de médaille

Les Russes ont vu les choses en grand, en très grand pour ces Jeux Olympiques d’hiver. D’abord, il y a eu le parcours de la flamme olympique : 65 000 kilomètres parcourus, un voyage dans l’espace, une plongée dans le lac Baïkal et l’ascension du Mont Elbrouz (5 642 mètres d’altitude). Et puis ensuite, il y a eu les médailles. Pourquoi se contenter de faire des médailles banales alors que l’on pouvait faire mieux, plus original ?!

Les organisateurs ont annoncés que 7, des 98 médailles d’or décernées pendant les Jeux Olympiques de Sotchi, seraient ornées de morceaux de météorites. Parmi les chanceux, les gagnants des épreuves suivantes : ski alpin (super géant femmes), ski de fond (le relais féminin), le saut à ski (le K-125 hommes), le skeleton (épreuve masculine), l’épreuve de vitesse de patinage (le 1 500 mètres hommes) et le short track (les épreuves du 1 000 mètres femmes ainsi que le 1 500 mètres hommes).

Toutes ces épreuves auront lieu le 15 février. Une démarche symbolique pour l’état puisque cette journée marquera la date anniversaire de la pluie de météorites qui avait frappé la ville de Chelyabinsk, le 15 février dernier. L’évènement avait marqué les populations russes faisant 1 600 blessées et des dégâts estimés à plus de 25 millions d’euros.

Dans un communiqué, le responsable du ministère de la culture de cette région, Alexeï Betekhtine, a expliqué : « nos récompenses seront décernées à tous les athlètes qui auront remporté l’or ce jour-là, puisqu’une météorite, de même que les Jeux Olympiques, est un événement mondial ».

Les champions olympiques, sacrés le 15 février, auront une histoire de plus à ajouter à leur médaille !

Méryll Boulangeat

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Le mental d'acier de Johan Clarey

Johan est spécialiste des épreuves de vitesse

Johan Clarey est spécialiste des épreuves de vitesse

JOHAN CLAREY, c’est 1m91 pour 95kg. Mais c’est aussi un lot de blessures : deux opérations et une entorse aux genoux, deux blessures à l’épaule, une au poignet… et pour finir une opération pour soigner une hernie discale. Cette dernière a eu lieu l’hiver dernier à l’avant-veille des Championnats du monde de Schlagming (Autriche). Des blessures à répétitions qui n’ont pas eu raison du skieur de la Clusaz.

«  Sa dernière blessure n’a pas été évidente, confesse sa maman Monique. Le dos c’est délicat à gérer. Le retour sur les skis après une opération du genou, on connaît. C’est arrivé à presque tout le monde. Par contre, le dos c’est différent. Personne sur le circuit ne s’est fait opérer d’une hernie discale et a réussi à revenir. Son retour sur les skis était incertain. »

Une période de questionnements s’en suit pour Johan. Tout portait à croire que cette ultime blessure allait sonner le coup d’arrêt d’une carrière ponctuée d’interventions chirurgicales et de désillusions pour le skieur français. « En février, il voulait arrêter, il avait peur de ne pas y arriver, raconte sa mère. Il n’avait plus aucune sensation dans les jambes ». C’était sans compter sur le fort soutien familial « On lui a dit qu’il ne pouvait pas s’arrêter comme ça sur une blessure, ajoute Guy, le papa. Il fallait au moins qu’il essaie de revenir, de voir si physiquement il en était capable. Il ne pouvait pas prendre une décision sans voir ce que ça allait donner avant. Il a suspendu son choix jusqu’au mois de juillet, le temps de voir si ses sensations revenaient dans les jambes. »

Pendant de longs mois, Johan fait le vide. « A part nous, il ne parlait à personne, raconte Guy. Pendant deux mois, il s’est totalement coupé du monde du ski »… jusqu’à ce jour où il a décidé de revenir…

« Quand il a décidé de revenir, ses coaches l’ont beaucoup aidé, souligne Monique. Moralement surtout. » S’en est suivi un gros travail de préparation physique et mentale. En marge du groupe, au sein d’une structure mise en place par la Fédération Française de Ski. Un groupe qui accompagne les blessés et leur fait rattraper la préparation qu’ils ont manquée.

En arrière-plan, toujours, la famille. Présente, comme lors de chacune de ses blessures. « On l’aide comme on peut, témoigne Monique, mais moralement c’est dur. On ne peut pas faire grand chose, juste l’accompagner en tant que famille. Son parrain aussi est très présent. En fait, quand il se blesse, la famille fait bloc autour de lui. Quand il s’est fait mal aux deux genoux, on se relayait toute la journée avec ses sœurs pour qu’il ne soit pas seul. On le tirait, on le poussait sur son fauteuil. Cette période était dure. »

Johan et ses deux soeurs

Johan et ses deux soeurs

Grâce à « beaucoup de travail, de volonté et à un moral en acier », Johan est remonté sur les skis. Il a retrouvé son groupe, ses habitudes. En décembre dernier, il s’est même hissé sur la troisième marche du podium de la Coupe du Monde de Valgardena (Italie). Un retour sur le devant de la scène inespéré quelques mois auparavant.

A l’approche des compétitions, Guy et Monique sont « très anxieux, très tendus ». Pour Monique, cette « anxiété permanente » est normale, « elle est due à toutes ces blessures », ajoute-t-elle. Ce qui n’empêche pas Guy de suivre Johan sur la majorité des compétitions.

Le ski pour Johan ? Plus qu’une passion, c’est une évidence : « Johan adore la compétition avant toute chose, raconte Monique. Sa richesse c’est d’avoir une passion : le ski. »

Guy se rappelle de sa première course « il avait 6 ou 7 ans, il a poussé la porte du chalet, levé les bras au ciel avec une coupe dans chaque main. Avec un grand sourire, il nous a dit « j’ai tout gagné ! » ».

Aujourd’hui, la famille de Johan Clarey n’attend qu’une chose : qu’en rentrant de Sotchi, Johan pousse la porte du chalet, lève les bras au ciel avec ce sourire et cette phrase : « j’ai tout gagné ! »

Méryll Boulangeat

Johan Clarey

Johan Clarey

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Le mental d’acier de Johan Clarey

Johan est spécialiste des épreuves de vitesse

Johan Clarey est spécialiste des épreuves de vitesse

JOHAN CLAREY, c’est 1m91 pour 95kg. Mais c’est aussi un lot de blessures : deux opérations et une entorse aux genoux, deux blessures à l’épaule, une au poignet… et pour finir une opération pour soigner une hernie discale. Cette dernière a eu lieu l’hiver dernier à l’avant-veille des Championnats du monde de Schlagming (Autriche). Des blessures à répétitions qui n’ont pas eu raison du skieur de la Clusaz.

«  Sa dernière blessure n’a pas été évidente, confesse sa maman Monique. Le dos c’est délicat à gérer. Le retour sur les skis après une opération du genou, on connaît. C’est arrivé à presque tout le monde. Par contre, le dos c’est différent. Personne sur le circuit ne s’est fait opérer d’une hernie discale et a réussi à revenir. Son retour sur les skis était incertain. »

Une période de questionnements s’en suit pour Johan. Tout portait à croire que cette ultime blessure allait sonner le coup d’arrêt d’une carrière ponctuée d’interventions chirurgicales et de désillusions pour le skieur français. « En février, il voulait arrêter, il avait peur de ne pas y arriver, raconte sa mère. Il n’avait plus aucune sensation dans les jambes ». C’était sans compter sur le fort soutien familial « On lui a dit qu’il ne pouvait pas s’arrêter comme ça sur une blessure, ajoute Guy, le papa. Il fallait au moins qu’il essaie de revenir, de voir si physiquement il en était capable. Il ne pouvait pas prendre une décision sans voir ce que ça allait donner avant. Il a suspendu son choix jusqu’au mois de juillet, le temps de voir si ses sensations revenaient dans les jambes. »

Pendant de longs mois, Johan fait le vide. « A part nous, il ne parlait à personne, raconte Guy. Pendant deux mois, il s’est totalement coupé du monde du ski »… jusqu’à ce jour où il a décidé de revenir…

« Quand il a décidé de revenir, ses coaches l’ont beaucoup aidé, souligne Monique. Moralement surtout. » S’en est suivi un gros travail de préparation physique et mentale. En marge du groupe, au sein d’une structure mise en place par la Fédération Française de Ski. Un groupe qui accompagne les blessés et leur fait rattraper la préparation qu’ils ont manquée.

En arrière-plan, toujours, la famille. Présente, comme lors de chacune de ses blessures. « On l’aide comme on peut, témoigne Monique, mais moralement c’est dur. On ne peut pas faire grand chose, juste l’accompagner en tant que famille. Son parrain aussi est très présent. En fait, quand il se blesse, la famille fait bloc autour de lui. Quand il s’est fait mal aux deux genoux, on se relayait toute la journée avec ses sœurs pour qu’il ne soit pas seul. On le tirait, on le poussait sur son fauteuil. Cette période était dure. »

Johan et ses deux soeurs

Johan et ses deux soeurs

Grâce à « beaucoup de travail, de volonté et à un moral en acier », Johan est remonté sur les skis. Il a retrouvé son groupe, ses habitudes. En décembre dernier, il s’est même hissé sur la troisième marche du podium de la Coupe du Monde de Valgardena (Italie). Un retour sur le devant de la scène inespéré quelques mois auparavant.

A l’approche des compétitions, Guy et Monique sont « très anxieux, très tendus ». Pour Monique, cette « anxiété permanente » est normale, « elle est due à toutes ces blessures », ajoute-t-elle. Ce qui n’empêche pas Guy de suivre Johan sur la majorité des compétitions.

Le ski pour Johan ? Plus qu’une passion, c’est une évidence : « Johan adore la compétition avant toute chose, raconte Monique. Sa richesse c’est d’avoir une passion : le ski. »

Guy se rappelle de sa première course « il avait 6 ou 7 ans, il a poussé la porte du chalet, levé les bras au ciel avec une coupe dans chaque main. Avec un grand sourire, il nous a dit « j’ai tout gagné ! » ».

Aujourd’hui, la famille de Johan Clarey n’attend qu’une chose : qu’en rentrant de Sotchi, Johan pousse la porte du chalet, lève les bras au ciel avec ce sourire et cette phrase : « j’ai tout gagné ! »

Méryll Boulangeat

Johan Clarey

Johan Clarey

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" Etre journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat "

Pendant deux semaines, la Russie sera au cœur de l’actualité mondiale. En organisant les XXIIème Jeux Olympiques d’hiver, le Kremlin espère bien étaler sa puissance aux yeux du monde entier. Un brillant qui perd un peu de son éclat jour après jour. Les critiques envers le gouvernement sont de plus en plus importantes. Lois anti-gays, budget mirobolant, travailleurs exploités, habitants expulsés… Les polémiques se succèdent et les conséquences ne se font pas attendre : de nombreuses personnalités politiques, François Hollande ou Barack Obama en tête, ont déjà annoncées qu’elles ne participeraient pas à la cérémonie d’ouverture le 7 février prochain. Pour certains athlètes, la question du boycott s’est même posée.

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Un aspect est moins traité que les autres : l’indépendance des journalistes en Russie. La liberté d’expression : un droit bafoué, à l’image de nombreuses autres libertés dans le pays, parfois de manière claire et perceptible, parfois de manière plus subtile. Dans le classement de  Reporters Sans Frontières, la Russie fait figure de cancre lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse (148ème sur 179).

JOURNALISTE RUSSE INDEPENDANT : UN SPORT DE COMBAT

Pour Johan Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est, Asie Centrale chez Reporters Sans Frontières, « être journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat ». L’exercice est possible mais à quel prix ? « C’est une vocation, ajoute Johan Bihr, un choix qui engage votre vie, celle de vos proches ». Les conséquences peuvent être sévères pour les journalistes qui vont à l’encontre des pouvoirs politiques.

Dans un premier temps, des conséquences financières, à l’origine de la faillite de nombreux médias. « En Russie, les médias survivent grâce aux subventions publiques », explique Yann Bertrand, journaliste pour France Info. Une réalité appuyée par les propos de M. Bihr : « les collectivités (locales, régionales) attribuent des aides aux journaux en échange d’un quota « d’informations » à diffuser. Des « informations » qui se résument à des publireportages à la gloire des autorités nationales et locales. Ces sujets ne se distinguent pas des autres articles, ce qui favorise la propagande. Il faut savoir que cela représente entre 50 et 70% du contenu. » Une manne financière importante qui n’encourage pas les médias locaux à enquêter sérieusement.

Mais parmi ces « petits soldats du journalisme » (ndlr : titre emprunté à l’ouvrage de François Ruffin) russe, il existe encore quelques exceptions. Une chaîne de télévision d’opposition, basée à Moscou, ainsi que des petites rédactions éparpillées à droite et à gauche essaient de survivre. « Les médias privés sont financés par de riches oligarques ou par des associations. Mais ils ont très peu de poids face aux autres médias », explique le journaliste de France Info.

Quand les sanctions financières ne suffisent pas à intimider les journalistes rebelles, les autorités peuvent aller plus loin. « Depuis l’an 2000, trente journalistes ont été assassinés dans l’exercice de leurs fonctions, raconte Christophe Deloire, Directeur Général de Reporters Sans Frontières. Et dans vingt-cinq de ces cas, personne n’a été inquiété ou mis en examen ». Des crimes impunis, des assassins et des agresseurs en liberté. Un climat d’insécurité et de peur règne dans le milieu journalistique. « Les zones proches de la Tchétchénie sont les plus touchées. La région du Caucase, où se trouve Sotchi, en fait partie ».

Photos : Marielle Berger

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Nikolaï Larst est journaliste dans cette région du Caucase. Il enquêtait sur une affaire de garde familiale et de corruption, mettant en cause les forces de police, quand il s’est fait arrêter. Les policiers ont découvert de la drogue sur la plage arrière de son véhicule. S’en sont suivis plusieurs mois de prison ferme. Le journaliste nie les faits et estime que cette affaire a été montée de toutes pièces pour le faire taire.  

13 000 journalistes seront accrédités pour les prochains Jeux Olympiques, 200 seulement seront Russes. « L’Etat a organisé des concours au sein des rédactions pour choisir les journalistes russes accrédités pour l’événement », explique Yann Bertrand.

JOURNALISTES ÉTRANGERS ÉPARGNÉS ?

Les journalistes étrangers, eux aussi, sont soumis à la vigilance russe. Yohan Bihr et Yann Bertrand ont tous deux eu vent du voyage qu’ont vécu les journalistes d’une équipe de télévision norvégienne. « Ils ont été interpelés six fois en trois jours, raconte le représentant de Reporters Sans Frontières. Ils ont subi des interrogatoires hyper poussés, leur matériel a été inspecté sous tous les angles à chaque fois. » Une expérience réservée à ceux qui décident de s’aventurer hors des sentiers battus. « Il nous est fortement conseillé d’annoncer notre venue aux autorités russes », admet le journaliste de France Info. « La plupart du temps, les journalistes sont conduits par autobus. Une fois sur les lieux décidés par les autorités, les journalistes peuvent filmer ce qu’ils veulent à condition de ne pas s’éloigner de la zone dans laquelle ils ont été conduits », raconte Johan Bihr.

La politique des autorités s’affiche clairement : tout ce qui est diffusé dans la presse doit être sous contrôle afin de ne pas ternir une image que le Kremlin se donne tant de mal à gérer.

Méryll Boulangeat

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 » Etre journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat  »

Pendant deux semaines, la Russie sera au cœur de l’actualité mondiale. En organisant les XXIIème Jeux Olympiques d’hiver, le Kremlin espère bien étaler sa puissance aux yeux du monde entier. Un brillant qui perd un peu de son éclat jour après jour. Les critiques envers le gouvernement sont de plus en plus importantes. Lois anti-gays, budget mirobolant, travailleurs exploités, habitants expulsés… Les polémiques se succèdent et les conséquences ne se font pas attendre : de nombreuses personnalités politiques, François Hollande ou Barack Obama en tête, ont déjà annoncées qu’elles ne participeraient pas à la cérémonie d’ouverture le 7 février prochain. Pour certains athlètes, la question du boycott s’est même posée.

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Un aspect est moins traité que les autres : l’indépendance des journalistes en Russie. La liberté d’expression : un droit bafoué, à l’image de nombreuses autres libertés dans le pays, parfois de manière claire et perceptible, parfois de manière plus subtile. Dans le classement de  Reporters Sans Frontières, la Russie fait figure de cancre lorsqu’il s’agit de la liberté de la presse (148ème sur 179).

JOURNALISTE RUSSE INDEPENDANT : UN SPORT DE COMBAT

Pour Johan Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est, Asie Centrale chez Reporters Sans Frontières, « être journaliste indépendant à Sotchi, c’est un sport de combat ». L’exercice est possible mais à quel prix ? « C’est une vocation, ajoute Johan Bihr, un choix qui engage votre vie, celle de vos proches ». Les conséquences peuvent être sévères pour les journalistes qui vont à l’encontre des pouvoirs politiques.

Dans un premier temps, des conséquences financières, à l’origine de la faillite de nombreux médias. « En Russie, les médias survivent grâce aux subventions publiques », explique Yann Bertrand, journaliste pour France Info. Une réalité appuyée par les propos de M. Bihr : « les collectivités (locales, régionales) attribuent des aides aux journaux en échange d’un quota « d’informations » à diffuser. Des « informations » qui se résument à des publireportages à la gloire des autorités nationales et locales. Ces sujets ne se distinguent pas des autres articles, ce qui favorise la propagande. Il faut savoir que cela représente entre 50 et 70% du contenu. » Une manne financière importante qui n’encourage pas les médias locaux à enquêter sérieusement.

Mais parmi ces « petits soldats du journalisme » (ndlr : titre emprunté à l’ouvrage de François Ruffin) russe, il existe encore quelques exceptions. Une chaîne de télévision d’opposition, basée à Moscou, ainsi que des petites rédactions éparpillées à droite et à gauche essaient de survivre. « Les médias privés sont financés par de riches oligarques ou par des associations. Mais ils ont très peu de poids face aux autres médias », explique le journaliste de France Info.

Quand les sanctions financières ne suffisent pas à intimider les journalistes rebelles, les autorités peuvent aller plus loin. « Depuis l’an 2000, trente journalistes ont été assassinés dans l’exercice de leurs fonctions, raconte Christophe Deloire, Directeur Général de Reporters Sans Frontières. Et dans vingt-cinq de ces cas, personne n’a été inquiété ou mis en examen ». Des crimes impunis, des assassins et des agresseurs en liberté. Un climat d’insécurité et de peur règne dans le milieu journalistique. « Les zones proches de la Tchétchénie sont les plus touchées. La région du Caucase, où se trouve Sotchi, en fait partie ».

Photos : Marielle Berger

Rosa Khutor, la station de ski où auront lieu les épreuves de ski et snowboard pendant les Jeux de Sotchi

Nikolaï Larst est journaliste dans cette région du Caucase. Il enquêtait sur une affaire de garde familiale et de corruption, mettant en cause les forces de police, quand il s’est fait arrêter. Les policiers ont découvert de la drogue sur la plage arrière de son véhicule. S’en sont suivis plusieurs mois de prison ferme. Le journaliste nie les faits et estime que cette affaire a été montée de toutes pièces pour le faire taire.  

13 000 journalistes seront accrédités pour les prochains Jeux Olympiques, 200 seulement seront Russes. « L’Etat a organisé des concours au sein des rédactions pour choisir les journalistes russes accrédités pour l’événement », explique Yann Bertrand.

JOURNALISTES ÉTRANGERS ÉPARGNÉS ?

Les journalistes étrangers, eux aussi, sont soumis à la vigilance russe. Yohan Bihr et Yann Bertrand ont tous deux eu vent du voyage qu’ont vécu les journalistes d’une équipe de télévision norvégienne. « Ils ont été interpelés six fois en trois jours, raconte le représentant de Reporters Sans Frontières. Ils ont subi des interrogatoires hyper poussés, leur matériel a été inspecté sous tous les angles à chaque fois. » Une expérience réservée à ceux qui décident de s’aventurer hors des sentiers battus. « Il nous est fortement conseillé d’annoncer notre venue aux autorités russes », admet le journaliste de France Info. « La plupart du temps, les journalistes sont conduits par autobus. Une fois sur les lieux décidés par les autorités, les journalistes peuvent filmer ce qu’ils veulent à condition de ne pas s’éloigner de la zone dans laquelle ils ont été conduits », raconte Johan Bihr.

La politique des autorités s’affiche clairement : tout ce qui est diffusé dans la presse doit être sous contrôle afin de ne pas ternir une image que le Kremlin se donne tant de mal à gérer.

Méryll Boulangeat

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